On ne choisit pas le trottoir où l’on naît, nous a dit le poète. Lorsqu’on se retourne sur sa vie, lorsque le soir s’approche, que voit-on ? Il ne s’agit pas seulement raconter un déroulé mais plutôt de saisir un fil de compréhension, autant que cela soit possible, avec tous les risques de la subjectivité. Voici l’aventure proposée par ce livre « Fille de la femme-tornade », en vente sur ce site ainsi que sur tous les sites marchands et chez l’éditeur Nombre7.
C’est à cet exercice authentique, touchant et souvent drôle, que se livre Geneviève Lefebvre D. avec un style détaché et travaillé, en ne tombant pas dans le piège du « je » lequel, trop souvent, menace de verser dans un certain nombrilisme ou pire encore, de justification.
Le lecteur se confronte donc au regard acéré, curieux, parfois inquiet, et toujours passionné, d’une petite fille assise sur la marche de sa maison, dans un quartier loin d’être banal, puisque nous sommes dans les années 50, 60, au cœur du bassin minier. Les premières pages s’ouvrent d’ailleurs sur la grande et violente grève de 1948, mois de naissance de la petite… drôle de fées penchées sur le berceau, humorise la narratrice.
De cette culture ouvrière qui imprègne les premières années, le lecteur devine la puissance de la solidarité et la débrouillardise élevée au rang de compétence essentielle et de condition de survie, tout cela mené par un personnage impétueux, la femme-tornade, la mère, qui donne une partie du titre.
Il y a des pages franchement drôles mais aussi des pages chocs, car la folie n’est pas loin, celle qui mène, hélas, aux abus sexuels et celle qui ravage la sœur la plus tendre.
Si tout est dit, rien n’est pesant : on saisit au vol un récit alerte, d’ailleurs on ne reste pas là. La petite, devenue grande, n’a qu’une idée en tête, s’enfuir. Comme tant d’autres de sa génération, elle ne va pas se contenter de franchir le frontières des départements, mais aussi et surtout celles de la classe sociale, de la culture, de la réussite. « Jusqu’au Festival de Cannes » nous dit la quatrième. On ne peut ici révéler les chemins pris mais ils sont surprenants, émanations puissantes de la fureur de ce siècle, puisqu’on y rencontre de grands figures féminines de la déportation et de la résistance, comme un tragique écho aux murs du quartier de l’enfance, encore criblés de balles et aux baraques vestiges d’une guerre qui fut atroce dans le nord dans la France.
Dire encore que ce texte est libre avec de nombreuses réflexions très personnelles de la narratrice, au risque de ne pas plaire à tout le monde : mais n’est-ce pas cela qu’on attend d’une fille de mère tornade, libre, originale, foutraque et terriblement sympathique.